Capesterre de Marie-Galante, un territoire oublié… décryptage des mesures gouvernementales

11 mai 2018 1 Par celineb

Le 27 avril dernier, le Gouvernement français annonçait se saisir du problème des Antilles françaises et de la Guyane face au phénomène des sargasses qui les touche, cette année, depuis maintenant presque 2 mois et apporter une réponse d’ampleur, structurée et de long terme à la crise des sargasses.

Ce phénomène n’est pas nouveau puisque les Antilles sont frappées par les échouages depuis 2011. Or cette année, les échouages sont très importants et les prévisions sont très pessimistes. Que ce soit la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, aucun de ces territoires n’échappe à cette invasion.

Fin mars, le Préfet de Pointe-à-Pitre organise une réunion d’urgence et débloque 500 000 € pour le ramassage des algues sur le territoire qu’il administre.

Le 3 avril 2018, la Région Guadeloupe organise une conférence territoriale de l’action publique sur l’échouage massif de sargasses sur son littoral, dans le cadre de la loi NOTRe, permettant ainsi la réunion de tous les acteurs concernés : maires, présidents de communautés de communes, département… Suite à cette réunion, la Présidente du Conseil départemental de Guadeloupe, Mme Josette Borel-Lincertin, annonçait que dès le lendemain le port de Capesterre de Marie-Galante serait nettoyé [rappelons que le port de Capesterre de Marie-Galante est un port départemental, son entretien et son nettoyage sont de la compétence du Conseil départemental]… Aujourd’hui la situation ne s’est pas améliorée, le personnel et le matériel pour le nettoyage du port sont très insuffisants.

Le 9 avril, le Président de la Région Guadeloupe débloque 70 000 € pour la CCMG pour l’achat de matériel complémentaire.

Les élus de la Guadeloupe (Président de la Région, Présidente du Département, Sénateurs, Députés, Présidents de communauté de communes, Maires) se mobilisent pour faire entendre leur voix et l’étendue du phénomène auprès du Gouvernement, une mission de sénateurs a été mandatée par le Sénat (la sénatrice de Guadeloupe Victoire Jasmin en fait partie), le Sénateur Dominique Théophile a déposé un projet de loi… Une rallonge de 500 000 € a été rajoutée par le Préfet à l’enveloppe initialement prévue.

Et le 4 mai 2018, les Ministres des Outre-mer et de la transition écologique et solidaire annoncent de concert les mesures d’urgence mises en place :

  1. Un haut fonctionnaire chargé de la rédaction d’un plan national de lutte contre les sargasses a été nommé : ce plan sera pilotée par 4 ministres (Mme Girardin pour les Outre-Mer, Mr Hulot pour la transition écologique et solidaire, Mme Buzyn pour les Solidarités et la Santé et Mr Collomb pour l’Intérieur) > le rapport inter-ministériel en date de juillet 2016 portant sur « le phénomène d’échouage des sargasses aux Antilles et en Guyane » mettait à jour les conséquences du phénomène notamment sur la santé des habitants et les moyens humains et les financements nécessaires pour répondre à court terme, moyen terme et long terme. Il mettait aussi en évidence la nécessaire coordination de toutes les administrations concernées quels que soient les échelons territoriaux de la gestion des risques dans les plans de prévention des risques [il est nécessaire de préciser que dans le PPR de Capesterre de Marie-Galante élaboré en 2012 le risque « sargasses » n’apparaît pas], en passant par la surveillance sur place des échouages.
  2. La mise ne place d’un Plan d’Urgence Local SARgasses (PULSAR), procédure réactive en cas d’échouages > depuis le milieu du mois de février 2018, les échouages sur Capesterre de Marie-Galante sont quotidiens et s’amplifient. Le nettoyage n’est pas quotidien et largement insuffisant sur l’ensemble de la commune. De ce fait, les nouveaux échouages s’accumulent sur les précédents et ne sont plus accessibles du rivage. Les moyens utilisés ne sont donc plus adaptés au ramassage. Les relevés d’H2S sont réalisés seulement depuis le 27 mars, alors que les acteurs de la santé locaux avaient déjà alerté sur la dangerosité pour la population. Les relevés de NH3, eux ne sont réalisés que depuis la fin du mois d’avril !
  3. Un fonds de 3 millions d’euros de crédits d’Etat pour l’acquisition, aux côtés des fonds des collectivités et des fonds communautaires pour la mise en place de solutions innovantes de ramassages et des équipements de protection individuels pour les équipes de ramassage > Le rapport de 2016 prévoyait déjà d’allouer une telle somme annuellement (soit 9 millions d’euros qui auraient pu aujourd’hui être mobilisés et utilisés). Force est de constater que le nouveau fonds alloué à l’échelle des Antilles Françaises est dérisoire, connaissant l’ampleur de la catastrophe et le nombre de sites concernés. Aucun projet européen n’a été entrepris… Le préfet de Guadeloupe a évoqué récemment la mise en place d’un INTEREG Caraïbes sur la problématique des sargasses : ce type de projet est un échange de bonnes pratiques et la part « investissement » est faible et n’est opérationnelle qu’en fin de projet (d’ici 3 ans s’il est lancé aujourd’hui).
  4. Une mission d’assistance de la sécurité civile a été dépêchée. Le régiment du service militaire adapté sera déployé en appui et des TIG (personnes devant effectuer des Travaux d’Intérêt Généraux) seront mobilisés > l’arrivée d’une dizaine de personnes est prévue (mais quand ?) en appui aux équipes, trop peu nombreuses, déjà en place. 10 personnes pour nettoyer tout un littoral… extrait du rapport de la cour des comptes de 2017 « Les algues sargasses impactent toute la zone caraïbe et les côtes du sud-est des Etats-Unis d’Amérique. Elles sont présentes de façon aléatoire sur le littoral de l’archipel guadeloupéen depuis 2010. Depuis le deuxième semestre 2014, le phénomène est désormais quasi-continu et beaucoup plus important. L’île de Marie-Galante est concernée par l’échouement des algues sargasses sur ses côtes. Compte tenu des courants marins, les principaux sites d’échouement sont observés le long du littoral du bourg de Capesterre-de-Marie-Galante, en particulier sur les sites de Feuillère, de Petite-Anse et « le Touloulou ». Les communes juridiquement responsables du ramassage des algues sur les plages ne peuvent pas, seules, mobiliser les moyens humains et matériels adaptés à cette mission. La décomposition des algues sur les plages produit du sulfure d’hydrogène (H2S) nauséabond et toxique à haute concentration qui pénalise les activités du tourisme et de la pêche. »
  5. L’ADEME va lancer un appel à projets avec une enveloppe de 1 million d’€uros portant sur le ramassage et la valorisation des algues > cet appel à projets, dont les contours sont aujourd’hui inconnus et non communiqués, portera certainement sur des études où aucun financement d’investissement ne sera accolé pour financer les solutions « innovantes ».
  6. Les ARS renforceront leur dispositif de mesure > 24 capteurs déployés en Guadeloupe > l’appareil mobile installé à Capesterre de Marie-Galante se trouve au village des pêcheurs. Son emplacement n’est pas représentatif de la zone la plus impactée par les sargasses, la plage du bourg et les nombreuses habitations qui la longent. De plus le capteur restant sur une remorque, il ne mesure pas à hauteur d’homme l’hydrogène sulfuré qui comme tout gaz dense stagne au plus près du sol  
  7. Un séminaire régional sur la question sera organisé à l’automne > Il est urgent d’attendre ???
  8. Une réunion au niveau national avec les assureurs sera organisée afin d’identifier les meilleures solutions > aucune échéance n’est stipulée : les socioprofessionnels de Capesterre vont mourir économiquement parlant sans qu’aucune aide d’urgence ne leur soit accordée.

La conclusion du Gouvernement aux mesures proposées est la suivante et éloquente : « Ces mesures, qui répondent aux besoins urgents de court terme tout en apportant des solutions sur le long terme, sont le résultat d’une mobilisation forte de tous les ministères impliqués sur cette crise sargasses ».

 

 

Nous, citoyens de Capesterre de Marie Galante, ne pouvons nous contenter de ces mesures technocratiques et insuffisamment opérationnelles. L’urgence est sanitaire et passe par le nettoyage immédiat de notre littoral. Les conséquences seront très impactantes sur tout le territoire de Marie Galante, sur sa biodiversité qui en fait un site exceptionnel, sur les activités de pêche et de tourisme, sur la santé des habitants sur le long terme (aucun recul sur les effets des gaz H2S et NH3 inhalés sur une longue durée),…

Déjà plus de 20 000 signatures pour demander au Président Macron de décréter l’état de catastrophe naturelle et de prendre les mesures nécessaires en vertu du principe de précaution pour notre territoire qui se meurt un peu plus chaque jour.